Interview
Le Père Jonas, prêtre Lazariste éthiopien,
en ministère au Liban...
Jonas, toujours souriant, bon et généreux !!!
Jonas, d’où viens-tu ?
Je suis né à ZIWAY, en Ethiopie, en 1978.
Notre famille compte 5 enfants : 3 garçons et trois filles. Je suis le deuxième dans la fratrie.
Peux-tu nous dire comment tu relis ta vocation dans la famille de saint Vincent-de-Paul ?
Notre Paroisse était tenue par les Pères Lazaristes. Le dimanche ils parlaient souvent de Saint Vincent-de-Paul. Je me demandais qui était ce « saint Vincent »
dont on parlait tant … ? Quand j’ai eu 12 ans, le 27 septembre, on m’a remis
un dépliant sur Saint Vincent. Il nous a dit qu’il faisait partie de ces milliers de Lazaristes à travers le Monde, et qu’il était possible de les
rejoindre, de faire comme lui en devenant Lazariste ! C’est ainsi qu’à l’âge de 13 ans je suis rentré au Petit Séminaire de la Congrégation de la Mission. J’ai continué à parfaire ma
connaissance de Saint Vincent. En 1996, je suis rentré au Grand Séminaire tenu par les Pères Lazaristes et j’ai été ordonné à Addis Abbeba en 2006.
Tu es venu au Liban. Pourquoi ?
Durant la rencontre des Visiteurs à Paris, les Visiteurs d’Ethiopie et de la Province d’Orient se sont rencontrés. Mon Visiteur a proposé d’envoyer un confrère au Liban au service de la Communauté éthiopienne. Elle compte 45 000 personnes environ ; peut-être un peu plus ! Chose importante à souligner, sur ces 45 000 personnes il n’y a que 55 hommes !!! Les femmes sont employées comme domestiques dans les maisons particulières, femmes de ménage, « nurse »… La majorité d’entre elles n’ont pas de qualifications et/ou de diplômes. Ils ont tous entre 14 et 30 ans… Ce sont donc tous de jeunes gens.
Depuis mon arrivée au Liban en novembre 2010, j’apprends l’arabe et le français. Mon contrat est en principe de trois ans renouvelables.
Quel est ton ministère ?
Mon ministère au Liban consiste en plusieurs points :
Chaque mois nous avons une réunion avec Mgr Elias Nassar, évêque à Saïda – Président des Migrants (Liban). Il soutient nos démarches auprès du gouvernement pour tout ce qui concerne l’administration (Carte de séjour, passeport…). Il prépare avec nous les visites auprès des prisonniers (administration pénitentiaire). A Tripoli, par exemple, je visite les prisons avec une Fille de la Charité ; Sr. Michèle de Zgharta. En fait, je vais dans plusieurs prisons libanaises. Nous réfléchissons à la Pastorale auprès de cette Communauté (célébrations eucharistiques et sacramentelles, préparation de retraites spirituelles), et à l’entraide solidaire à leur endroit.
Au gré de mes déplacements, je rencontre les éthiopiens qui se trouvent dans tel ou tel endroit. Je visite les malades dans leurs foyers ou à l’hôpital. La Communauté éthiopienne m’a accueilli avec beaucoup de chaleur, et j’en suis très heureux (rires) !!!
Comment penses-tu que Monsieur Vincent regarderait le monde d’aujourd’hui ?
Nous continuons le travail de Monsieur Vincent. Son esprit est toujours à l’œuvre au milieu de nous. Il écrirait une nouvelle histoire auprès des malades HIV, auprès des immigrés, des travailleurs clandestins…, sans doute aussi il questionnerait notre Monde sur le problème des nouveaux esclavages.
Quelle espérance porte ton regard de jeune Lazariste éthiopien ?
Je suis très heureux d’être un vincentien, de travailler avec les pauvres… J’espère que ce travail lancé l’an dernier puisse se poursuivre auprès de cette communauté le plus longtemps possible. Mon espérance serait que la pauvreté puisse reculer réellement dans mon pays, et que tous ces gens n’aient plus besoin de venir au Liban, par exemple, pour trouver de quoi vivre, de quoi subsister.