interview
Un Jeune Frère égyptien… pour la Mission.
Hany, d’où viens-tu ?
Je suis né en 1978, à Alexandrie dans le quartier de Sidi Bisher. Fils unique.
Une grande partie de ma famille vit en Italie, sauf ma mère qui est à Alexandrie. Je suis grec-catholique/melkite. J’ai prononcé les « Bons Propos » cette année, le 27 septembre 2011 – jour de la Fête de saint Vincent-de-Paul ; à Mejdlaya (Liban).
Peux-tu nous dire comment tu relis ta vocation dans la famille de saint Vincent-de-Paul ?
Depuis mon enfance j’ai fréquenté un établissement scolaire à Alexandrie, tenu par les Lazaristes. Ensuite, j’ai suivi des activités pastorales chez eux (patronage, Légion de Marie…). Je me suis inscrit à l’Institut Catholique des Sciences religieuses dirigé par les Pères Lazaristes.
L’exemple de vie et de travail de certains prêtres, dont le Père Ghattas (futur Patriarche Copte catholique) m’a touché. Chacun avait une certaine propension naturelle à servir les Pauvres à Alexandrie, au Caire ou à Port Saïd. J’y reconnaissais la simplicité de saint Vincent auprès des gens, l’accueil de tout le monde, … d’être prêt à souffrir avec ceux qui souffrent…, de rire avec ceux qui rient. Ils étaient proches des gens ! Deux Patriarches Lazaristes ont dirigé l’Eglise copte Catholique pendant près de 50 ans !
C’est un prêtre Lazariste qui venait donner la communion à mon père malade et qui le soignait, qui m’a donné envie d’entrer dans la Congrégation. Ensuite, en lisant un livre sur saint Vincent, il m’a semblé que je connaissais cet homme. Ce que je lisais, je l’avais expérimenté auprès des Lazaristes et des Filles de la Charité. Ça me donnait envie de les rejoindre… pour le Service des Pauvres. Ma mère, d’ailleurs, a travaillé longtemps chez eux lorsque j’étais enfant. J’ai vécu avec eux une année en Egypte avant de venir au Postulat au Liban.
Tu as choisi d’être Frère, et non pas Prêtre. Pourquoi ?
Je me suis demandé longtemps quel été le rôle des Frères dans la Congrégation ? Au temps de saint Vincent beaucoup de Frères avaient un grand rôle dans la Congrégation : rôle matériel et aussi spirituel. D’ailleurs, ce que nous savons de Monsieur Vincent c’est grâce à un Frère de la Mission qui prenait des notes pendant ses conférences ! Le Frère dans la Congrégation est un homme actif. S’il n’y avait pas de Frères, il y aurait un manque évident. Une main ne peut rien faire, mais deux mains peuvent faire beaucoup de choses ; n’est-ce pas ?
Je vois le Frère comme éducateur, peut-être plus que le prêtre ! On ne peut plus considérer le Frère, aujourd’hui, comme seul dévolu au travail matériel. Il est aussi appelé à remplir une fonction spirituelle, catéchétique, de réflexion…
Comment penses-tu que Monsieur Vincent regarderait le monde d’aujourd’hui ?
Je pense que saint Vincent irait à Tripoli (Liban) apporter le feu de l’Evangile. Il entrerait en dialogue avec les musulmans ; comme il l’a fait à l’époque avec les Jansénistes. Ici, au Moyen-Orient, on parle de « l’autre » sans vouloir véritablement entrer en dialogue avec lui. « L’autre » est quelqu’un que je ne connais pas. Je pense, aussi, que nous devrions aller davantage dans les quartiers les plus défavorisés, visiter les prisonniers. On le fait certainement de façon trop ponctuelle. Saint Vincent était un Père pour tous les Pauvres. La pauvreté augmente de jour en jour aujourd’hui, surtout au Moyen-Orient.
Quelle espérance porte ton regard de jeune Lazariste égyptien ?
J’ai une grande espérance pour l’Egypte… une terre bénie. Le Peuple aime l’Eglise. Les chrétiens respectent beaucoup les personnes consacrées. Après la situation dans laquelle nous sommes actuellement en Egypte, j’espère que l’Eglise renouvellera au cœur de sa Tradition son attachement au Christ, affermissant notre volonté de servir « le Christ Evangélisateur des Pauvres », en accompagnant les égyptiens dans leur foi.
L’Egypte n’est pas seulement le Delta du Nil ! C’est aussi la Haute Egypte.
Je souhaiterais que nous puissions ouvrir une maison en Haute Egypte et une autre au Caire. La Haute Egypte si pauvre…, et Le Caire, cœur de l’Egypte. Pratiquement toutes les vocations viennent de Haute Egypte ! Les égyptiens de la Haute Egypte sont davantage nourris par le silence et le don, au cœur desquels, ils entendent la voix du Seigneur, bien plus que dans les grandes villes enfermées dans le bruit et le travail.
ps: la Province d'Orient des Lazaristes compte aujourd'hui deux Frères. Hany rejoint donc le Frère Fahed (Antoura/Liban)